ACADÉMIE NATIONALE DE METZ SCIENCES ARTS ET LETTRES

 

 

Adresse: Académie nationale de Metz - 20 en Nexirue - 57000 Metz
Tél. 0387752973 / Fax 0387755635
Courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Site internet: http://www.academiemetz.fr

 

   

    Bureau de l’année académique 2017-2018



Président                               M. Jean-François MULLER


Vice-président                    M. Pierre BRASME


Président honoraire        M. Gérard NAUROY


Secrétaire général            Mme Line SKORKA


Secrétaire de séance        Mme Mireille CHAZAN

 
Trésorier                              M. André HENROT


Bibliothécaire/archiviste     M. Arsène FELTEN


Conseil d’administration     Mme Christiane PIGNON-  FELLER                                                                                                      

                                                       et Gnl Jean-Claude LAPARRA

 

Secrétariat administratif :  Mme Betty Rambourg


 

Historique

 

Créée en avril 1757, la Société d'étude des sciences et arts de la Ville de Metz se donne pour fondateur et protecteur, en 1759, le maréchal duc de Belle-Isle, gouverneur des Trois-Évêchés. En juillet 1760, le roi Louis XV lui accorde par lettres patentes le statut d'Académie, avec le titre de Société royale des sciences et des arts. Elle compte parmi ses membres les deux Lacretelle, Roederer, Parmentier. Ses concours ont un grand impact ; en seront lauréats Maximilien de Robespierre en 1784, l'abbé Grégoire en 1787.

Supprimée, comme toutes ses semblables, en août 1793 par la Convention, elle renaît en 1819 sous la forme d'une Société académique des lettres, sciences et arts. Par ordonnance du 5 septembre 1828, Charles X lui octroie le titre d'Académie royale et la reconnaît comme établissement d'utilité publique.

Au cours du XIXe siècle, sa vocation s'affirme plus scientifique que littéraire, en raison de la présence à Metz de l'École pyrotechnique et de la prestigieuse École royale d'artillerie et du génie, école d'application de l'École polytechnique, ainsi que de l'hôpital amphithéâtre d'instruction des armées. Le mathématicien Poncelet est un de ses membres les plus illustres. Dès 1823, l'Académie de Metz crée la tradition de la séance publique annuelle. Elle institue en 1826 des cours industriels publics gratuits pour la promotion des ouvriers.

En 1870, l'Académie de Metz se replie sur elle-même, restant française par l'esprit et le cœur. La séance publique est supprimée, les travaux des séances privées sont présentés et publiés en français. Contrainte de se saborder en juillet 1914, l'Académie renaît triomphalement en 1919. Elle compte alors, parmi ses membres, le romancier Maurice Barrès. Elle connaîtra une nouvelle éclipse durant la seconde annexion de 1940 à 1944.

Installée dans ses locaux propres, 20 en Nexirue à Metz, l'Académie possède une riche bibliothèque accueillant étudiants et chercheurs. Elle tient une séance privée mensuelle, d'octobre à juin ; le bilan de ses travaux est présenté en fin d'année au cours d'une séance publique, dans les salons de l'Hôtel de ville ; cette manifestation est un des points forts de la vie culturelle de la cité messine.

Statutairement, l'Académie est composée de 36 membres titulaires, de 32 membres associés libres et de membres correspondants ; elle compte également des membres d'honneur et des membres honoraires. Le préfet de la Moselle, préfet de la Région Lorraine est statutairement président d'honneur de l'Académie.

Le sceau de l'Académie reproduit un buste de Minerve entouré d'attributs et porte en exergue la légende « Académie Nationale de Metz ». Sur le socle est inscrite sa devise : « L'utile ».

L'article 1 des statuts propose à l'Académie de travailler au progrès des lettres, des sciences et des arts, ainsi qu'à la prospérité de l'agriculture et de l'industrie et, également, au développement des relations culturelles avec des organismes ayant les mêmes buts. Elle doit aussi contribuer au rayonnement de la langue française, mission importante dans un département traversé par une limite linguistique, par ailleurs voisin du Luxembourg et de l'Allemagne (Sarre et Rhénanie-Palatinat).

L'Académie publie ses travaux dans des «Mémoires », à parution annuelle. Elle assure également depuis 1970 la préparation et la diffusion de la « Bibliographie lorraine » qui recense toutes les productions écrites concernant la Lorraine, depuis l'invention de l'imprimerie.

L'Académie est membre de la Conférence Nationale des Académies des sciences, lettres et arts, sous l'égide de l'Institut de France.

 

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In memoriam :

Le Professeur François Roth (1936-2016) à l’Académie nationale de Metz.

 

Victime d’un grave accident de la circulation François Roth nous a quittés le 5 mai 2016. Avec lui disparaît un éminent historien, spécialiste de l’histoire contemporaine de la Lorraine, de ses guerres, de ses déchirures, de ses personnalités et de sa vie politique qu’il avait si longtemps commentée, en direct et à chaud lors des soirées électorales sur France 3. Mais ce n’est pas ici le lieu de revenir sur la brillante carrière universitaire et éditoriale de François Roth, ce qui s’est fait à l’échelon régional mais aussi national (voir Le Monde du 12 mai 2016). C’est ici de l’excellent confrère que fut François Roth et de son engagement constant dans la vie académique que nous nous contenterons de parler, en joignant à cet hommage son dernier « envoi » à notre compagnie, la fiche destinée au « trombinoscope » académique.

D’ascendance lorraine par son père et berrichonne par sa mère, François Roth naquit à Gien dans le Loiret où il entreprit ses études secondaires avant de fréquenter le Lycée Pothier à Orléans puis à la Sorbonne. Il se plaisait à le rappeler lorsque, Président en exercice de l’Académie de Stanislas, il participa au colloque de la CNA à Orléans en octobre 2014. En tant que professeur agrégé d’histoire il fut nommé à Metz, au Lycée Fabert, en 1959. Il « entra » rapidement en histoire lorraine. Il entreprit en effet un doctorat d’État publié en 1976 sur un sujet douloureux dans la mémoire mosellane, l’époque de la première annexion. Il en donna une nouvelle édition, actualisée, en 2011. Venant de « l’intérieur » il porta des jugements nuancés sur un sujet « tabou ». Il contribua ainsi, avec une sereine objectivité, à faire voir aux Mosellans les apports positifs de la première annexion, en particulier dans le domaine culturel. Il posa un premier jalon dans la découverte de l’architecture « allemande », cette architecture des années 1904-1908 que les participants au colloque de la CNA à Metz en 2010 ont découverte avec intérêt. Rappelons qu’elle est maintenant intégrée à la candidature d’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Dans ses communications à l’Académie de Metz comme dans ses livres, ses articles, ses conférences, F. Roth ne cessa de révéler aux Lorrains eux-mêmes l’histoire régionale dans les divers domaines qu’il explora : les relations franco-allemandes (en particulier guerres de 1870 et de 1914), biographies de grandes figures lorraines (Poincaré, Robert Schuman), construction européenne… L’Académie de Metz n’avait pas tardé à l’élire et il y fut successivement correspondant en 1972, associé-libre en 1984, titulaire dix ans plus tard. Nommé assistant en 1964 puis maître-assistant et enfin professeur (en 1977) à la Faculté des lettres de Nancy, notre confrère fut un véritable trait d’union entre les deux villes et entre les deux compagnies lorraines de la CNA, l’Académie de Stanislas qu’il présida magistralement en 2014-2015 et l’Académie nationale de Metz.

Son assiduité aux séances mensuelles de l’Académie de Metz  ne se démentit jamais non plus que son engagement dans les actions susceptibles de servir notre devise « L’Utile ».

                                        

Fig. 1 - F. Roth au travail au secrétariat de l'Académie nationale de Metz

Il avait pour habitude, le premier jeudi du mois, de se rendre le matin aux Archives et de passer l’après-midi 20 En Nexirue (Fig. 1). Nos Mémoires[1] témoignent éloquemment de la diversité des sujets qu’il a traités. En témoignent aussi les articles qu’il a donnés aux deux grands ouvrages collectifs édités par la compagnie messine, Metz. L’Annexion en héritage 1871-1918 (en 2013) et Metz. De l’Allemagne à la France. Mémoires de la Grande guerre (en 2015).

Sa présence se manifestait aussi par la pertinence de ses interventions, toujours marquées au coin de sa profonde érudition, de son sens de la mesure, de sa parfaite courtoisie. Mais il était aussi de ceux à qui la valorisation et la diffusion la plus large possible du savoir, d’un savoir fondé sur une documentation toujours de première main tiennent à cœur. Ses conférences méthodiquement structurées, dans un langage précis et dépourvu de néologismes « dans le vent » qui pour faire savant font surtout pédant attiraient, « hors les murs » de l’Académie, un public captivé et fidèle.  Il travaillait activement à un ouvrage sur Barrès qu’il n’a pu mener à terme mais son public messin avait déjà pu apprécier les lignes de force de sa réflexion dans une conférence donnée le 26 février 2015, « Maurice Barrès entre Metz et Nancy. Variations littéraires et politiques sur le thème lorrain ». Il y montrait que pour l’auteur de Colette Baudoche, désormais quelque peu oublié, Nancy et Metz ont rempli une double fonction. Culturelle en servant de décor à plusieurs de ses ouvrages mais aussi politique pour rappeler aux Français le sort « des provinces perdues ». Il emprunta à Barrès les mots de la fin « Il n’y a pas de ville qui se fasse mieux aimer que Metz ». Cette année même, le 7 janvier, en présence de l’évêque de Metz Mgr Lagleize (Fig. 2) il traita de « Mgr Benzler, évêque allemand de Metz (1901-1919) ». Ce sera là son ultime contribution à nos Mémoires.

 

 Fig. 2- Mgr Lagleize présentant la mitre de Mgr Benzler, entouré de F. Roth (à droite) et de G. Nauroy, président de l'Académie de Metz.

 

F. Roth tint aussi un rôle prépondérant dans les colloques organisés à l’Hôtel de ville de Metz : il savait prendre les bons contacts pour élaborer le programme. Il pouvait, le jour venu, délivrer une talentueuse communication, jouer les « modérateurs » ou les « grands témoins » (Fig. 3).

 

Fig. 3 -  F. Roth à l'Hôtel de ville de Metz (janvier 2013) pour la célébration du 50eme anniversaire du traité de l'Elysée

 

Membre des deux académies lorraines de la CNA il fut la cheville ouvrière des journées organisées par les deux compagnies, alternativement à Metz et à Nancy, sous la forme de tables rondes précédées d’exposés synthétiques. En mars 2012, à Metz le thème « La Lorraine, quel avenir ?», permit de réunir le maire de Metz, celui de Nancy et le président du Conseil régional. Ce ne sont là que quelques exemples. Ne suffisent-ils pas à prouver la diversité des champs de réflexion de François Roth et son indéfectible souci de participer à l’ouverture de notre compagnie sur le monde et les débats d’aujourd’hui ?

Les obsèques de notre confrère ont été célébrées le 12 mai devant une très nombreuse assistance où se retrouvaient, partageant une même émotion, des autorités politiques, des collègues, des confrères, des amis, des membres de toutes les instances auxquelles François Roth avait tant apporté. L’Académie nationale de Metz est l’une d’elles, désormais orpheline d’un brillant confrère pour qui le devoir de mémoire ne devait pas supplanter le devoir de vérité.

Pour les membres de l’Académie nationale de Metz F. Roth ne fut pas qu’un nom dans des bibliographies. Nous avions la chance de le côtoyer dans nos locaux mais aussi aux sorties et aux rencontres qui scandent la vie académique en favorisant l’ouverture aux autres en toute convivialité. Le plus souvent accompagné de son épouse à laquelle l’Académie de Metz tient ici à renouveler sa sympathie, il fut souvent des nôtres, à Rome (Fig.4), à la rencontre interacadémique de Dijon (Fig. 5)

                                                            

   Fig. 4 - Voyage de l'Académie de Metz à Rome (2011). F. Roth et son épouse à la villa Médicis

 

    Fig. 5 - F. Roth à la Journée interacadémique de Dijon (juin 2013)

 et tout dernièrement le 2 avril à celle de Nancy où, au pied levé, il remplaça le confrère qui devait parler au nom de l’Académie de Stanislas. L’Académie nationale de Metz gardera avec fidélité la mémoire d’un éminent historien de la Lorraine qui fut pour elle un confrère talentueux, dévoué et chaleureux.

 

Jeanne-Marie Demarolle

Ancien président de la CNA (2010-2012)

Correspondant de l’Académie nationale de Metz auprès de la CNA

 



[1] Nos Mémoires sont consultables sur le site GALLICA de 1818 à 1923 et sur le site de l’INIST de 1923 à nos jours.